La prophétie du samouraï

Résumé :

À l’adolescence, Katsu voulut venger sa famille, massacrée par un clan impitoyable. Il s’entraina pour devenir un redoutable samouraï et prendre sa revanche… 

Il était une fois, dans un village aux confins de l’Asie, Katsu, un enfant de quatorze ans qui rêvait de devenir un samouraï pour venger ses parents, assassinés par le troisième clan de son village.

Il y avait trois clans dans son village : le premier était aimé de tous car il aidait les villageois dans leurs tâches quotidiennes : labourer les champs, récolter les fruits et soigner les malades. Le deuxième n’était ni apprécié ni détesté car il ne faisait rien qui pouvait causer des ennuis aux gens et ne leur apportai aucun soutien, mais le troisième, très puissant, était abhorré de tous. Il était impliqué dans des carnages et soupçonné de se mêler à des trafics. Hélas, les villageois ne pouvaient pas le chasser, car il était vigoureux, impitoyable, irascible, récalcitrant et d’une rudesse titanesque.  

Katsu passa des jours et des nuits entières à se demander pourquoi ce clan avait décimé sa famille : « Qu’est-ce qu’elle a commis comme erreur pour qu’elle mérite ce châtiment ? Pourquoi lui ôter la vie ? Et pourquoi suit-il toujours mes traces ? Pourquoi cherche-t-il à me massacrer ? Mon tour viendra-t-il ? »

Le jeune homme n’avait plus qu’une idée en tête : « se venger de ce clan hargneux et prendre sa revanche »

Un jour qu’il dépoussiérait la bibliothèque de son défunt père, ses regards tombèrent sur un livre qui semblait dater de plusieurs siècles. Il se hissa sur un tabouret et le saisit. Ému de voir qu’il relatait les prophéties du troisième clan, il l’ouvrit et lit qu’un garçon aux yeux rouges… naîtra, et détruira le troisième clan… Il se leva brusquement, s’avança vers le miroir, et se regarda : « C’est bien moi ce garçon, j’ai les yeux rouges et des taches de rousseur sur tout le visage, un grain de beauté sur la joue gauche, c’est bien moi, ce garçon dont la prophétie parle ! »

Déterminé et convaincu que la tâche d’éliminer ce clan oppressant lui était destiné, il décida de parcourir tous les villages voisins, pour trouver un grand samouraï qui voudrait l’entrainer.

Arrivé à un patelin, il aperçut une vieille massue abandonnée au bas-côté de son chemin, le temps qu’il se pencha pour la récupérer, il entendit une voix caverneuse derrière lui, il se tourna ; c’était un homme d’une quarantaine d’années avec un katana dans la main. Il était grand, avec des épaules larges, des mains massives et une démarche majestueuse. Il avança de quelques pas :

– Que fais-tu ici ?

– Je suis à la recherche du meilleur samouraï, répondit Katsu, médusé.

De la façon dont il maniait son katana, Katsu comprit immédiatement qu’il s’agissait du samouraï qu’il recherchait.

– Pourquoi veux-tu devenir un samourai et un bon en plus ?

– Je veux venger ma famille, massacrée d’un sang-froid.

– Qui l’a tuée ?

– Le troisième clan. Il faut que je prenne ma revanche coûte que coûte.

Après un moment de réflexion, l’homme musclé, s’approcha de Katsu, lui donna une bonne poignée de main, et avec un sourire énigmatique, il lui révéla :

– Je m’appelle Yugo. Je suis l’homme que tu cherches. Mais tu ne peux pas abattre le troisième clan, même si tu t’entraînes. Ils sont robustes, innombrables et ne reculent devant rien.  

– De toute façon, si je ne le fais pas, je subirai le même sort que ma famille. Donc, ou eux ou moi.

– Pourquoi ils en ont voulu à ta famille ?

– Les chefs du troisième clan sont horrifiés de savoir que je suis l’enfant de la prophétie.

Katsu se rapprocha de son interlocuteur, et lui tendit la prophétie. Yugo lit avec intérêt, leva les yeux, dévisagea un long moment le jeune garçon, et annonça :

– C’est toi Katsu ?!! On entend parler de toi dans nos combats. Il ne faut pas trop croire à ce qui est écrit, car plusieurs prophéties ne se sont pas réalisées, et les gens qui y croyaient, avaient fini par succomber à une mort tragique.

– Je sais, mais je n’ai plus rien à perdre maintenant, mes amis, ma famille se sont fait tués par ces tyrans . Je n’aurai la conscience tranquille que lorsque je vengerai mes proches et mes amis.

– Je ne veux pas être responsable de ta mort, jeune garçon. Tu cours aveuglément à la catastrophe.

– Si tu ne m’apprends pas à me battre, j’aurai encore moins de chance de survivre, et tu seras responsable de ma mort. La seule chance pour que je survive est que je devienne un samouraï.

Katsu pivota la massue d’un geste machinal, et se retourna pour s’en aller :

– De toute façon, j’irai me battre tout seul, ma vie est en danger. Si je ne les élimine pas, ce sont eux qui vont m’éliminer. À dieu !

– ATTENDS !!! D’accord, tu m’as convaincu, je vais t’entraîner. Mais tu dois être assidu, enthousiaste et d’une volonté à réduire les roches en pierre.

– On commence l’entraînement tout de suite alors, suggéra Katsu avec un sourire lugubre.

Après des mois d’entrainement, Katsu devint fort, même plus fort que son entraîneur, puissant, résistant, et de ses yeux rouges émanait une extrême maturité.

Un beau matin, Katsu se leva avant l’aube, et fut surpris de voir Yugo se préparer pour partir :

– Tu vas m’entraîner sur les montagnes ?

– Non, jeune homme, tu as appris tout ce qu’il fallait, tu dois disposer maintenant, et poursuivre ton chemin.

– Mais comment je vais faire ? même si je peux te vaincre, je ne suis toujours pas assez fort pour combattre le troisième clan tout seul ?!

– Tu n’as pas besoin de les abattre tous. Dans la coutume de ce clan, il suffit de vaincre leur chef pour prendre sa place.

– Je ne pourrai jamais m’approcher de lui ? Les soldats me tueront bien avant que je ne franchisse la porte de sa demeure ?

– Tu n’as jamais remarqué que pendant la fête des cueillettes, les soldats vont s’approprier les provisions des villageois, en laissant leur chef les attendre tranquillement ?

– La fête de la cueillette est pour bientôt !  Je ne sais même pas si je pourrai le vaincre ?! Peut-être, il est plus fort que moi.

– J’ai une amie sur le sommet de la montagne, elle mesure la force des guerriers. Tous les villages font appel à son savoir avant de déclarer une bataille. Allons la voir.

Dans la nuit, ils arrivèrent à une maisonnette simple mais avec une vue époustouflante. Yugo frappa à la porte. Aïko, une femme comme un rose arriva, et avec un sourire resplendissant, elle les accueillit :  

– Je crois savoir ce que tu veux apprendre ; une technique pour mesurer la force, superbe samouraï ?

– Je souhaite commencer tout de suite, car la fête de la cueillette est dans quelques jours.

– Allons-y, viens avec moi. Je vais te montrer comment y parvenir.

Ils allèrent dans le jardin d’Aïko.

– Je vais d’abord te faire une démonstration.

Elle prononça une incantation : « Ten to ji ni chikara o ataeru», et se tourna vers Katsu :

– Cette incantation me donne le pouvoir de ressentir votre force. Récite-la en te concentrant.

– « Ten to ji ni chikara o ataeru, Ten to ji ni chikara o ataeru, Ten to ji ni chikara o ataeru».

Après plusieurs répétitions et une forte concentration, il ressentit que sa force était supérieure à celle de Yugo ; mais celle d’Aïko dépassait la leur largement… Il s’exclama alors :

– Tu es très forte Aïko !

– Veux-tu apprendre une autre technique ?

– Je ne demande que ça !

– Je dois savoir tout d’abord quel élément tu préfères : le feu, l’eau, la terre ou l’air ?

– Je préfère l’eau, Aïko.

– Alors tu apprendras la technique de l’eau.

– Que va-t-elle m’apporter, cette technique ?

– Tu pourras contrôler le pouvoir de l’eau.

Elle s’agenouilla et répéta plusieurs fois :

– Mizu ga ugoku.

Un grand bourdonnement se fit entendre et l’eau se mit à jaillir du sol.

– Allez, essaie Katsu

Mizu ga ugoku, prononça le nouveau samouraï

Et l’eau jaillit du sol. C’était très impressionnant !

Aïko pria son ami Yugo d’accompagner Katsu et de veiller sur lui, pour qu’il n’ait pas à affronter le clan des méchants tout seul. Il accepta.

 

Le jour de la fête des cueillettes, tout le monde fut occupé, les villageois attendirent le passage des soldats avec énervements. Ils leur prenaient ce qu’ils possédaient, et les pauvres gens n’avaient pas le droit de s’opposer, sinon ils seraient décapités. Yugo et Katsu arrivèrent au village, prêts à attaquer le clan. Yugo fit le guet, et Katsu se faufila jusqu’aux appartements du chef qui était allongé sur sa natte. Il se pointa derrière lui. «Ten to ji ni chikara o ataeru», fit-il entre les dents. Stupéfait, Katsu découvrit que le chef était moins fort que lui. Il prononça la deuxième citation : «Mizu ga ugoku», et l’eau jaillit sous le chef qui essaya de se relever vainement. Katsu le mobilisa au sol, sortit son katana et se pencha sur lui pour le tuer en répétant : « Tu payeras pour tous les malheurs que tu as causé aux villageois. Le sang de mes parents, tu le payeras de ta vie, imbécile ! »

Tout à coup, il reprit son calme, réfléchit quelques secondes, et se ravisa. « On ne punit pas le mal par le mal ! ». Il se releva, ligota le chef et le jeta en prison. 

Katsu devint chef et construit un clan de samouraï fort et capable de défendre les villageois et tous les démunis des villages voisins. Yugo, après quelques jours, rentra chez lui, heureux de la décision sage de Katsu.

        

  • Auteur : Zayed
  • Illustrations : Composition du site
  • Âge : 12 ans 
  • Morale : On ne punit pas le mal par le mal
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