Une promesse perdue

Résumé :

Gus, un adolescent d’une quinzaine d’années, découvre qu’il possède des dons, comme son père, un simple boulanger, son grand-père et son arrière-grand père…

Il y a bien longtemps, dans un petit village situé aux confins des royaumes réunifiés sous l’Empire dirigé par Charles le Grand, vivait Gus Talmelier.

Gus était un adolescent d’une quinzaine d’années, aux cheveux blonds et aux yeux verts. Il appartenait à la petite bourgeoisie du village.

Ses parents étaient artisans et avaient réussi à se faire un nom en fabriquant le meilleur pain de l’Empire ! Chaque matin, dès que l’odeur du pain chaud se répandait dans les ruelles, tous les villageois s’empressaient pour en acheter.

Gus était un fils unique, et il ne connaissait que peu de choses sur ses tantes, ses oncles et ses cousins. Dès son plus jeune âge, il apprit tous les secrets de la fabrication du bon pain qui, comme disait son père : « le pain chaud rend les gens heureux ». Et il comptait bien exercer le même métier que ses parents, malgré l’enseignement de qualité qu’il avait reçu.

Il eut une existence paisible, jusqu’à ce fameux dimanche pluvieux, où il décida d’aller fouiller dans le grenier. À l’entrée, il eut l’impression que des objets appartenant à ses arrière-grands-parents avaient été déplacés. Il resta immobile un bref instant, puis, ses regards tombèrent sur une malle en bois, recouverte de poussière, il s’exclama : « Je ne l’ai jamais vue ! » 

Dans un élan incontrôlable, il l’ouvrit en croyant y trouver des pièces en or et des bijoux, mais il fut déçu : « Quoi ?!! » s’étonna-t-il.

La malle contenait un album de famille, une carte et une épée gravée au nom de Jacob. Il referma la caisse aussitôt, et s’apprêta à descendre, mais la curiosité fut plus forte, il la rouvrit… Sous l’épée se trouvait un parchemin. Il le prit et constata qu’il était très usé, et datait sûrement de plusieurs siècles. Les mains tremblantes et les yeux furibonds, il le déroula précautionneusement, et se mit à le déchiffrer.

Médusé, il se dirigea vers la lucarne, vérifia que personne ne rodait dans les alentours, puis reprit sa lecture….

Les genoux tremblants, il s’assit sur un petit tabouret nappé de poussière, et pensa : « Alors Jacob est mon grand-père ! Et il connaissait l’Empereur Kéris ?! L’épée ? La promesse de mort ? Suis-je en danger ? Mon dieu, il faut que je perce cette énigme. »

Gus prit l’épée, sortit du grenier en dévalant les marches quatre par quatre et se rendit au pas de course, à la boulangerie. Il arriva essoufflé mais prit tout de même quelques instants pour admirer son père pétrir le pain avec amour et grand intérêt, puis il l’interpella :

– Père, j’ai une nouvelle de la plus haute importance à t’annoncer.

– Que t’arrive-il mon fils, tu as l’air très perturbé

– Je ne peux vous confier ma découverte ici. Rejoignez-moi, dès que possible à la clairière des bois , je vous y attendrai.

Gus repartit aussi vite qu’il était venu. Son père hocha la tête, signe qu’il serait bien présent. Gus n’eut que peu de temps à l’attendre.

– Père, j’ai découvert ce parchemin dans le grenier. Qui était grand-père Jacob ?

– Gus, voyons, tu n’es pas sérieux ?

Son père blêmit et tenta de se défiler. Son regard fuyant prouvait qu’il cachait un très grand secret. Gus se sentit trahi.

– Père, qui était vraiment grand-père ?

– Je te l’ai déjà dit, mon fils, je ne l’ai que très peu connu.

– Votre voix vous trahit père, il est grand temps d’arrêter de vous dérober.

Gus était un fils aimant, qui avait un grand respect pour son père mais cette fois-ci, c’était différent et pour la première fois, il se fâcha :

– Dites-moi la vérité ou je trouverai moi-même les réponses que cela vous plaise ou non ! 

Après un long moment de silence, le père reprit la parole :

– Bien, tu as raison, le temps est venu pour que tu saches la vérité, toute la vérité.

Il soupira puis continua :

– Ton grand-père a été le bras droit de l’Empereur Kéris. Le 12 juillet de l’an de grâce 994, la guerre a éclaté pour s’emparer du pays des Was, peuple du Nord et dernier royaume à conquérir pour permettre à Kéris d’agrandir l’Empire. Jacob a pris alors le commandement de l’armée et a guidé les soldats à la bataille de la nuit de Montémard.

– Pourquoi tu as attendu tout ce temps pour m’en parler ?

Le père, qui n’aimait pas être interrompu, ne porta aucune attention à la question de son fils, et le regard dans le vague, il révéla :

– Cette bataille a été la plus longue et meurtrière de l’Histoire. Chaque famille de l’Empire y a perdu un fils, un frère ou un père.

– J’ignorais tout cela ! souffla Gus

– Il y a des batailles qui ne peuvent pas être contées et celle-ci en fait partie. D’ailleurs, il est formellement interdit de la raconter sous peine d’être condamné.

– Mais père, pourquoi donc, que s’est-il passé ? 

– Au cours de cette nuit-là, ton grand-père a sauvé l’Empereur d’une mort certaine.

– Quoi, une mort certaine ?  s’écria

– Tais-toi malheureux, on risque de nous entendre. Nul manuscrit, nul parchemin ne pourra t’apprendre ce que je vais te raconter.

Il hésita un moment, puis reprit son récit :

– Lors de la bataille de Monténmard, Kéris est allé sur le front pour soutenir ses soldats et tenter d’éviter à son armée une défaite inéluctable. Ces derniers sont tombés les uns après les autres. À l’aube, Kéris s’est retrouvé seul face à dix mille hommes animés par la haine et l’envie de tuer. Il a sauté sur son destrier, en brandissant son épée et a juré qu’il vengerait toute âme innocente. Il a décapité plus de cinq mille hommes ! Cependant, au bout de cinq jours et de cinq nuits de combat acharné, Kéris est tombé d’épuisement au sol.

Le père se tut un instant, on aurait cru qu’il allait s’évanouir.

– Tu vas bien papa ?

– Oui, oui, dit-il entre les dents

 Il s’assit sur un tabouret et continua :

– Les ennemis ont jubilé en voyant Kéris par terre. Ils ont de victoire « Bloöorn » ou « l’Aigle de sang », qui est le plus abominable supplice du peuple Was. C’est alors que Jacob surgissant de nulle part, s’est posté devant Kéris pour le protéger. Ils ont été condamnés, mais Jacob refusait de voir mourir son roi… Par ce geste, leurs destins ont été liés à vie.

– Qu’est-ce qu’il a fait ?

– Jacob a saisi son épée et l’a puissamment plantée dans le sol, une énorme faille s’est ouverte sous les pieds des guerriers Was. Dans un vacarme insupportable, la foudre a jailli du fin fond des profondeurs de la Terre et a tué tous les guerriers Was. Aucun survivant ! Des cris d’horreur retentirent jusqu’aux confins du pays. Après cette bataille, Kéris et Jacob, seuls survivants, se firent la promesse d’enterrer à jamais cette bataille.

– Mon dieu ! interrompit son père

– Quelques mois plus tard, Kéris s’est rendu dans les appartements de ton grand-père, situés dans l’aile droite du château. de chaleureuses accolades, Kéris lui a révélé, en remerciement, l’emplacement du trésor de la famille Talmelier, enterré au pied de l’arbre sanglant.

– La carte dans la malle, c’est donc ceci !!  murmura Gus.

Le père de Gus poursuivit :

– Ton grand-père a été surpris par cette révélation. Kéris a fini par lui divulguer, d’un ton solennel, que jadis notre aïeul, Hoelen a offert, en gage de fidélité au roi Justin, premier roi de la lignée de Kéris, un coffre renfermant le pouvoir ultime de notre famille.

– Qu’est devenu ce coffre ?

– Ton grand-père a décidé de le récupérer. Quand il l’a trouvé, il a compris que ce don qu’il possédait : contrôler la foudre et qui lui avait permis de sauver Kéris, était trop dangereux. Il l’a caché jusqu’à son autodestruction.

– Le pouvoir fonctionne toujours ?

– En effet, la prophétie prédit que si le pouvoir ultime n’a pas été utilisé pendant cinq générations, il s’éteindra à tout jamais.

– Père… 

– Oui Gus, tu es la cinquième génération. À ta mort, le coffre s’autodétruira. Ne va pas le chercher, je t’en supplie, fils. L’homme masqué, incarnation du mal, traque notre famille depuis des décennies pour s’emparer de ce trésor. Il rôde toujours. L’Empereur Kéris et mon père ont tout fait pour mettre en sécurité ce coffre. Il se trouve toujours sous l’arbre sanglant.

Gus remercia son père mais ne put s’empêcher de partir à la recherche de ce coffret malgré les recommandations et conseils. Il prit la carte, l’épée et marcha pendant des heures.

Épuisé, il s’arrêta pour se désaltérer près d’un ruisseau. En levant la tête, il vit un chien-loup au pelage blanc et aux yeux vairons faire de même. Dans son regard, Gus eut l’impression qu’il quémandait son amitié. Il alla à sa rencontre, le caressa, et le chien-loup se laissa faire. Ils étaient devenus amis. Il fallait lui trouver un prénom. Gus réfléchit un moment, et s’exclama : « Nuage » !


« Ce nom te convient parfaitement ! » dit Gus. Nuage gémit, signe de consentement. Désormais, Gus ne serait plus seul dans son aventure, il avait avec lui un fidèle compagnon.

En lisière de forêt, Gus aperçut une petite cabane en bois qui semblait être parfaite pour la nuit. La grande pièce était vide, mais en visitant l’endroit, il vit une étrange porte en chêne.

Nuage se mit à aboyer, Gus prit une bougie, ouvrit la porte et descendit un escalier interminable. Il explora la cave de cette cabane, la peur au ventre.

Quel spectacle macabre l’attendait : des cadavres par dizaines ! En inspectant les alentours, il comprit rapidement qu’il était au domaine de l’homme masqué. Il laissa échapper un cri d’horreur lorsqu’il prit conscience que cet homme avait assassiné toute sa famille. Il remonta les escaliers à toute allure en appelant Nuage : « Nuage, …, Nuage !»

Arrivé, il tomba face à face avec l’homme masqué. Il avait muselé Nuage, et tenait un corps sur le dos. Il le jeta au sol. Gus reconnut ce corps, un corps mutilé …c’était celui de son père.

L’homme masqué avait réussi son dessein. Il s’approcha de Gus, et lui lança : « Fils, donne-moi ce que je cherche. Nous pourrions faire de grandes choses ensemble, conquérir le monde, être riches, puissants, immortels ! Ton père, ce lâche, ne m’a pas dit un mot au péril de sa vie. Sois plus raisonnable que lui ! ».

Gus n’en pouvait plus, et ne parvint pas à contenir ses larmes et sa colère, il saisit son épée, et avec une immense témérité, l’enfonça dans le sol. Le geste était tellement puissant qu’une énorme faille s’ouvrit sous les pieds de l’homme masqué. Dans un tintamarre insupportable, la foudre jaillit du fin fond des profondeurs de la Terre, tuant en une fraction de seconde l’homme masqué.

Gus lâcha son épée qui tomba lentement sur le sol.  « Que s’est-il passé ? » siffla-t-il.

Tout à coup, une voix bienveillante se fit entendre derrière lui. Gus se retourna et vit apparaître le spectre de son grand-père accompagné de son père et de toute sa famille qu’il n’a pas  connue :

– Gus, mon petit-fils, je suis profondément désolé de t’avoir mis dans cette situation. 

– Grand-père !   Mon arrière-grand-père ! Papa !

– Tu as sauvé notre famille et notre secret. Grâce à ton courage, tu as découvert notre don. Gus, tu mérites de savoir la vérité. Nous sommes les descendants du grand mage Hoelen, né de la fusion des quatre éléments de la Terre. Nous avons hérité du pouvoir de contrôler l’eau, le feu, le vent et la foudre. 

– Toi, as hérité du don de la foudre tout comme moi. Ton père a eu le don de contrôler l’eau

– Papa a ce pouvoir ?!

– Mais il n’a jamais voulu l’utiliser. Ceci n’affecte pas notre héritage. Grâce à toi, notre pouvoir va perdurer. Notre famille contrôlera les quatre éléments.

Jacob prit Gus et Nuage dans ses bras et les transporta jusqu’à l’arbre sanglant. À son arrivée, Gus se mit à pleurer, mit un genou à terre, et fit la promesse à ses aïeuls de ne jamais utiliser son pouvoir pour faire du mal.

Gus et Nuage reprirent le chemin vers le village. Ils marchèrent pendant deux nuits et deux jours. Sa mère l’attendait au seuil de la porte, le cœur plein de larmes…

En la mémoire de son père, Gus se mit à son tour, à cuire des miches de pain qui rendent, comme le disait son père, les gens heureux.

 

  • Auteur : Noah
  • Illustration : Composition du site
  • Âge : 13 ans 
  • Morale : Le respect de ses engagements. 
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